Effets de l’enrichissement de l’environnement captif

Le scinque à langue bleue est un grand lézard héliophile des milieux chauds et relativement humides d’Australie. Photo : M.-P. & C. Piednoir

Le bien-être animal est un concept très récent, pratiquement totalement ignoré jusqu’au milieu du 20siècle, pour les animaux d’élevage agricole ou de travail, évidemment, mais aussi pour les animaux de compagnie.

Les effets de l’enrichissement de l’environnement sur le comportement des animaux captifs ont été largement explorés par les scientifiques pour les mammifères et les oiseaux qui constituaient jusqu’à une époque récente la quasi-totalité des animaux familiers. Les reptiles sont désormais considérés comme des animaux de compagnie et maintenus par des amateurs toujours plus nombreux, plus compétents et soucieux du bien-être de leurs pensionnaires. C’est sans doute ce qui a conduit les éthologistes à se consacrer à l’étude ces NACs.

Clive Phillips de l’École Vétérinaire du Queensland et ses collègues se sont intéressés à l’effet d’un apport de vers de farines, en plus de leur ration, sur des scinques à langue bleue, Tiliqua scincoides. Les insectes étaient soit dispersés au sol soit placés dans une balle de ping-pong percée. Ce complément de nourriture accroît le temps que les scinques consacrent à s’alimenter aussi bien pour consommer leur ration de pâtée que pour capturer les vers, il a également augmenté leur prise de poids. Lorsque les proies sont dispersées au sol, les lézards mettent plus de temps à les attraper que si on les leur donne dans une balle. Les chercheurs ont aussi remarqué que les animaux passaient moins de temps à se cacher. Les effets de cette technique sont ambivalents. Les animaux captifs ont en effet une forte tendance à l’obésité, on ne doit donc leur apporter un complément de nourriture que s’ils ne sont pas déjà en surpoids.

Dans une seconde expérience, les chercheurs ont exploré l’effet de la taille du terrarium et de la température. Ils ont comparé le comportement des scinques à langue bleue dans un enclos de 0,7 X 0,7 m ou de 1,4 m X 1,4 m. Pour ce qui est des conditions de températures, la comparaison a été effectuée entre un climat chaud (34 °C le jour et 29 °C la nuit, ce qu’on observe dans l’environnement naturel de ces lézards au nord de l’Australie) et un climat plus frais (24 °C le jour et 19 °C la nuit, ce qu’on recommande généralement pour l’élevage de cette espèce).

Dans un grand terrarium, les scinques passent plus de temps à marcher et à se cacher et moins de temps inactifs sur leurs perchoirs. Si la température est élevée, ils consacrent beaucoup de temps à s’exposer à la chaleur et sont moins cachés. L’énergie consacrée aux déplacements dans le grand terrarium réduit la prise de poids, il est alors intéressant de leur apporter un petit complément alimentaire sous forme de proies à pourchasser et à capturer.

Il n’est cependant pas utile de vouloir occuper les animaux en permanence ni de s’efforcer de maintenir leur poids à une valeur stable. Les longues périodes d’inactivité et la perte de poids sont des phénomènes normaux dans la nature à la saison sèche.

D’après : Phillips CJC, Z Jiang, AJ Hatton, A Tribe, M Le Bouar, M Guerlin† & PJ Murray, 2011, Environmental enrichment for captive Eastern blue-tongue lizards (Tiliqua scincoides), Animal Welfare, 20: 377-384

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