La clim’ dans l’œuf ?

Mauremys reevesii. Photo : Arrlfx

On sait depuis les années 1970, notamment grâce aux travaux du français Claude Pieau, que le sexe des tortues est déterminé par la température d’incubation. Classiquement, à des températures basses, on obtient surtout, voire uniquement, des mâles, et des femelles à températures élevées.

Entre ces deux extrêmes, on observe une température pivot, où le sex ratio est équilibré. La température influence certaines hormones lors du développement embryonnaire qui vont favoriser le développement de l’un ou l’autre sexe. Les femelles, lorsqu’elles pondent, savent généralement où et comment creuser leur nid pour que leurs œufs aient les meilleures chances de survie, mais elles ne peuvent pas tout maitriser, et les aléas météorologiques font l’essentiel. On sait aussi que les oeufs situés dans la partie inférieure du nid bénéficient d’une température moins élevée que ceux situés au-dessus, participant ainsi à une certaine mixité des sexes.

Une équipe sino-australienne a étudié le comportement des embryons à l’intérieur de l’œuf sur l’espèce aquatique Mauremys reevesii. Les chercheurs concluent que les embryons peuvent se déplacer afin de bénéficier d’écarts, même très légers, de température dans l’œuf lui-même et ainsi passer de part et d’autre de la température pivot. Comme le souligne Robert Shine, herpétologue australien de renom et co-auteur de l’étude, cela n’est pas conscient, l’embryon se déplace selon des stimuli génétiquement gérés. Cette capacité serait une adaptation possible aux changements climatiques passés qui pourrait bien servir dans un futur proche en raison du réchauffement climatique. Toutefois, d’autres scientifiques restent sceptiques et appellent à d’autres investigations car à ce stade du développement, l’embryon est musculairement parlant incapable de se mouvoir dans son liquide amniotique : le mécanisme qui rendrait possible cette migration interne demeure mystérieux, si migration il y a.

Sources : Yin-Zi Ye et al. 2019. The Embryos of Turtles Can Influence Their Own Sexual Destinies. Current Biology 26(16).

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