La mortalité des reptiles en captivité

Furcifer pardalis. Photo : Taboga

Une étude très intéressante a été publiée en novembre 2015 dans la revue PlosOne. Menée par Janine E. Robinson, elle éclaire sur un sujet très peu étudié : la mortalité des reptiles détenus chez les terrariophiles.

De manière générale, les données sur la mortalité des reptiles lors de leur transport international, leur acclimatation chez les grossistes et leur exposition en animalerie est très déficitaire, les chiffres existants faisant parfois le « yoyo » d’un extrême à l’autre. Cette étude se penche uniquement sur la mortalité chez 265 éleveurs interrogés via un questionnaire à l’occasion de deux bourses terrariophiles du Royaume-Uni. La question étant : « sur X reptiles que vous avez détenus ces 5 dernières années, combien sont morts lors des 12 premiers mois suivant leur acquisition ». Question qui demande tout de même une bonne mémoire ! Selon les effectifs déclarés par les éleveurs, l’échantillon de reptiles détenus est de 6 689 spécimens. Parmi ces animaux, 97% des serpents, 69 % des tortues et 87% des lézards sont nés en captivités. Le taux de mortalité s’est montré faible : 3.6%, avec un taux bien plus faible pour les spécimens issus d’élevage que ceux prélevés dans la nature, ce qui n’est pas une surprise. On constate ainsi un taux de mortalité de 17,5% chez les lézards issu de captures en milieu naturel, contre 6,9% pour ceux nés en captivité. Toutes origines confondues, on note un taux de mortalité de 8,5% pour les lézards, 2,3% pour les serpents et 3,7% chez les tortues. Il y a tout de même de fortes disparités, le plus faible taux de mortalité est enregistré chez les Boas et Pythons (1,9%), le plus élevé chez les caméléons (28,2%).

Cette étude nous éclaire aussi sur le milieu terrariophile en général. Là encore, presqu’aucune étude sociologique ne s’était penchée sur la question : qui sont le terrariophiles ? Les détracteurs de la terrariophilie en ont une idée, souvent caricaturale, mais aucun chiffre pour étayer leurs opinions. L’étude de Robinson & al. nous montre que la terrariophilie est un loisirs masculin : 72% des personnes interrogées étaient des hommes. La moyenne d’âge est de 19 ans (avec une amplitude de 18 à 72 ans). L’ancienneté dans l’élevage a aussi été mesurée. 9% des personnes interrogées possèdent des reptiles depuis moins d’un an, 45% depuis 2 à 10 ans, 26% depuis 11 à 20 ans et enfin, 20% depuis plus de 21 ans.

Les auteurs soulignent néanmoins que la plupart des personnes interrogées sont des terrariophiles, des « passionnés », souvent expérimentés, et cette étude n’a donc pas pu analyser la mortalité au sein de particuliers qui achètent un reptile comme animal de compagnie sans pour autant se lancer véritablement dans la terrariophilie. D’autant que cette étude se base sur l’honnêteté des personnes interrogées, il n’y a aucune preuve matérielle de leurs dires. Mais elle montre tout de même que la mortalité écrasante supposée par les détracteurs n’est pas vraie, du moins chez les éleveurs expérimentés et que la diffusion d’animaux nés en captivité reste une garantie à la fois contre le pillage des populations sauvages mais aussi contre la mortalité.

Référence : Robinson J. E., F. A. V. St John, R. A. Griffiths, D. L. Roberts. 2015. Captive reptile mortality rates in the home and implications for the wildlife trade. PlosOne.

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