Tortue d’Hermann homosexuelle ?

Jeunes tortues d’hermann. Photo : cynoclub - Fotoflia
0 0 votes
Article Rating

Sur l’île de Golem Grad, au centre d’un lac de Macédoine, se passe une drôle de salade. C’est ce que révèle une étude menée pendant sept ans par l’équipe de l’herpétologue français Xavier Bonnet, du Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC) et publiée en mars 2016.

Cette île est connue pour sa forte densité en serpents (Vipera ammodytes) mais aussi de Testudo hermanni avec un sex ratio très déséquilibré selon qu’on se situe près des berges de l’île ou dans les hauteurs. Si le nombre de mâles et de femelles est bien équilibré au bord de l’île, il est totalement déséquilibré en faveur des mâles sur le plateau central : on y dénombre 20 mâles pour une femelle ! Le comportement sexuel des mâles s’en trouve affecté. En effet, ceux-ci s’accouplent entre eux, sans résultat bien entendu. Ce genre de comportement est parfois relaté par des éleveurs qui constatent que les mâles de leur enclos ont tendance à se tromper de partenaire, mais c’est la première fois qu’un comportement homosexuel est observé dans la nature à l’échelle d’une population et de manière répétée. On sait que certains lézards parthénogénétiques comme Lepidodactylus lugubris, chez qui il n’y a que des femelles, pratiquent des pseudo-accouplements qui stimulent la ponte. Mais cela n’a jamais été observé entre mâles, d’autant que d’un point de vue reproductif, ça n’a évidemment aucun intérêt ! L’étude montre que les taux de testostérone des mâles sont dans les normes : les mâles s’accouplant avec d’autres mâles, mais aussi avec des cadavres ou même des pierres, ne sont pas des obsédés sexuels maladifs ! Il semble qu’en fait, il s’agisse d’un « effet prison », les mâles étant tellement nombreux par rapport aux femelles qu’ils jettent leur dévolu sur tout ce qui ressemble à une tortue pour calmer leur libido !

Source : Bonnet X.,  A. Golubović, D. Arsovski, S. Đorđević, J.-M. Ballouard, B. Sterijovski, R. Ajtić, C. Barbraud & L. Tomović 2016 A prison effect in a wild population : a scarcity of females induces homosexual behaviors in males. Behavioral Ecology 27(4)

print
0 0 votes
Article Rating
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Réactions en ligne
Voir tous les commentaires